Quels vestiges restent de l’Opération Dynamo, cette incroyable évacuation maritime qui permit de sauver plus de 300 000 soldats alliés au tout début de la Seconde Guerre mondiale ? Pour répondre à cette question, des équipes d’archéologues sous-marins se sont lancées dans des plongées exploratoires en Mer du Nord, sur les épaves laissées par cette opération historique.
Depuis 2023, le DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) mène une enquête approfondie sur ces navires coulés. Parmi les experts, Cécile Sauvage, archéologue et conservatrice du patrimoine, et Claire Destanque, archéologue maritime de l’association Arkaeos, travaillent avec des plongeurs expérimentés pour documenter ces vestiges avant qu’ils ne disparaissent sous l’effet de la corrosion, estimée entre 100 et 200 ans. Grâce à un sondeur multifaisceau, les équipes ont pu obtenir des images 3D précises des épaves malgré une visibilité souvent faible et des courants puissants dans la région.

L’Opération Dynamo, qui se déroula entre le 26 mai et le 4 juin 1940, mobilisa 1 100 embarcations de toutes tailles pour évacuer 338 226 soldats alliés vers l’Angleterre. Malheureusement, 305 de ces bateaux furent coulés, victimes de bombardements aériens, de torpilles, de mines sous-marines ou de collisions accidentelles dans le chaos de l’opération. Ces épaves reposent encore aujourd’hui au fond de la Mer du Nord, offrant un témoignage silencieux mais précieux de ce sauvetage historique.
Lors de plongées récentes, les archéologues ont exploré notamment le Stella Dorado et l’Abukir. Le Stella Dorado, chalutier réquisitionné en 1939 par la Royal Navy, était équipé pour la lutte anti-sous-marine avant d’être torpillé le 29 mai 1940 par la vedette allemande S 34. L’Abukir, caboteur réquisitionné et rééquipé pour la guerre, fut lui aussi coulé par torpillage. Ces navires racontent chacun une histoire particulière, fragment d’une aventure collective et héroïque qui restera dans les mémoires comme le Miracle de Dunkerque.
Comme le souligne Claire Destanque, “chaque épave raconte une petite histoire dans la grande histoire de l’Opération Dynamo”. Pour Cécile Sauvage, l’archéologie sous-marine permet de “sauvegarder par l’étude” : documenter ces vestiges aujourd’hui est la seule manière de garantir que leur mémoire ne disparaîtra pas au fil du temps.

Leur travail ne serait pas possible sans la collaboration de plongeurs et de spécialistes : Pierre-Marc Caloin, Frédéric Drogerys, Christian Di Costanzo, Pierre Vuillermet, Bruno Pruvost, ainsi que les photographes indépendants Teddy Seguin et André Reumaux, qui ont contribué à immortaliser cette enquête. Grâce à eux, les épaves de l’Opération Dynamo révèlent aujourd’hui leurs secrets et continuent de fasciner historiens, archéologues et amateurs de patrimoine maritime du monde entier.