Judith Godrèche face à la justice : convoquée au tribunal après la plainte explosive de Jacques Doillon

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre dans le petit monde du cinéma français et sur les réseaux sociaux : Judith Godrèche, actrice emblématique et figure importante du mouvement #MeToo en France, est officiellement convoquée devant le tribunal de Paris le 19 février 2026 à la suite d’une plainte déposée par le réalisateur Jacques Doillon, une institution du cinéma d’auteur français.

Cette convocation judiciaire découle d’une plainte en diffamation que Doillon a déposée contre Godrèche après qu’elle a publié un message sur son compte Instagram en février 2024, dans lequel elle faisait des allégations très dures concernant la façon dont le cinéaste travaillait avec des enfants acteurs, affirmant notamment que Doillon avait “pour spécialité de tourner avec des enfants avec qui il couche”.

Aux yeux de Jacques Doillon, ces propos dépassent largement le cadre d’une critique professionnelle : ils portent selon lui atteinte à son honneur, à son intégrité et à sa réputation. La plainte s’est rapidement transformée en procédure judiciaire, et même si dans les affaires de diffamation en droit français la mise en examen est automatique dès qu’une plainte est déposée, la situation a pris une tournure exceptionnelle.

Pour l’audience qui s’annonce en février, les avocats des deux parties ont déjà commencé à échanger des arguments bien avant le premier coup de marteau judiciaire. L’audience prévue ne portera pas sur le fond des accusations, mais servira essentiellement à organiser la suite de la procédure pénale et à déterminer les dates de procès éventuelles. Cela veut dire que la vérité des allégations de l’actrice — qui accusait Doillon d’agression sexuelle remontant à son adolescence — ne sera pas encore jugée à ce stade, mais que la machine judiciaire est bel et bien en marche.

Ce revirement spectaculaire intervient alors que Judith Godrèche s’était illustrée ces dernières années comme l’une des voix les plus déterminées à ouvrir le débat sur les abus dans le monde du cinéma en France. Elle avait déjà confronté publiquement les accusations d’abus sexuel envers d’autres réalisateurs avant d’en accuser Jacques Doillon lui-même de comportements inappropriés lorsqu’elle tournait dans son film La Fille de 15 ans, alors qu’elle n’était qu’une adolescente. Ces accusations, relevant du pénal, avaient elles-mêmes débouché sur une enquête et, pour le cinéaste, un statut de témoin assisté dans ces dossiers distincts.

Pour beaucoup d’observateurs, cette convocation devant le tribunal marque une sorte de inversion ironique des rôles : celle qui a dénoncé des siècles de silence pourrait se retrouver accusée à son tour, non pour les faits graves qu’elle a dénoncés, mais pour la manière dont elle a exprimé ces dénonciations. Dans ses réactions publiques sur Instagram et dans les médias, Godrèche a qualifié la situation de “monde à l’envers”, soulignant qu’elle se défendra avec force, mais aussi que cette procédure pourrait décourager d’autres victimes potentielles de prendre la parole.

Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives et tendues, tant pour l’actrice que pour le réalisateur. L’affaire relance une fois de plus le débat sur la liberté d’expression et la diffamation dans le contexte des mouvements de dénonciation des violences sexuelles, au moment même où l’industrie culturelle française est sous le feu des critiques pour son manque de transparence et de changements structurels.

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